Noirs/Blancs :
Noirs et Blancs sont l’aboutissement de l’installation Google (Rouge Vert Bleu) et world white web dans lesquelles le moteur de recherche Google est mis en avant comme arbitre de la couleur : on recherche le mot “noir” ou “blanc” dans Google Image pour en afficher les résultats, réduits à une taille de 1x1 pixel. Au fur et à mesure, l’on obtient un patchwork de pixels, une mosaïque de couleurs en train de se faire, une séquence infinie de noirs et blancs moyens, approximatifs, qui n’ont en commun que ce mot clé d’un Google Image daltonien, mais sensibles aux mots.
Ce puzzle représente certes une image en cours de construction, il n’en reste pas pour autant statique : les pixels se suivent, mais diffèrent pour se réécrire par-dessus quand l’image arrive à sa fin. Les valeurs colorimétriques s’ajoutent pour qu’enfin, la mosaïque sature : trop d’informations, d’images, de superpositions. L’image de ce trop plein de noirs et blancs nous mène inévitablement à l’emblématique monochrome blanc. L’on questionne ici le carré blanc sur fond blanc, sa perfection, son infini, son absolu, où plus rien ne change (visuellement) : un monochrome à l’apparence statique, et au contenu qui change constamment.
Avec cette installation, on boucle la boucle : à travers des travaux comme Invisibles et Lignes(), j’ai parcouru la couleur et la lumière pour activer le regard du spectateur (quitte à le déranger). Avec Noirs/Blancs, je veux l’amener dans l’infime, vers l’image fixe et incolore (de prime abord). En réponse à l’appel visuel des autres travaux, j’essaie ici de le rapprocher de l’image, qu’il y contemple des changements microscopiques, qu’il y arrête son regard. Une pause dans le parcours Rouge Vert Bleu, par les blancs les plus petits, les plus froids.
Si les couleurs primaires de la lumière ne sont plus au centre, c’est pourtant les mêmes questions que l’on pose : Comment reconsidérer l’image ? Comment exploser ces amas de pixels pour en proposer son digéré peu digeste ? Comment donner à voir au-delà de l’image, en plaçant le spectateur comme créateur et non pas réceptacle de messages assistés d’images redondantes ?
Donner un monochrome en train de se faire, c’est annoncer une image en voie de saturation, mais surtout une lumière dans laquelle tout peut exister, dès lors que le spectateur l’aura imaginé.